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Hans Jonas
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Hans Jonas, né le 10 mai 1903 à Mönchengladbach (Empire allemand) et mort le 5 février 1993 à la Nouvelle-Rochelle (État de New York, États-Unis), est un historien du gnosticisme et un philosophe allemand. C'est avec son éthique pour l'âge technologique qu'il s'est avant tout fait connaître, en particulier au-delà des cercles philosophiques. Cette éthique est développée dans son œuvre principale, Le Principe responsabilité (1979). Il est l'un des philosophes du XXe siècle à avoir réfléchi sur les problèmes environnementaux et les implications morales du génie génétique.

Contents


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Biographie

Hans Jonas naît dans l'Empire allemand en 1903. Il devient très jeune un militant sionistecite-ref-dictshoah301-1-0[1]. Il suit des études de philosophie à Fribourg, Berlin, Heidelberg et Marbourg. Il est l'élève de Husserl, Heidegger et Bultmann avec Hannah Arendtcite-ref-2[2]. En 1928, il rédige une thèse de doctorat sur la gnose.

En septembre 1933, il fuit l’Allemagne pour se réfugier à Londres, mais, fidèle à ses convictions sionistes, il débarque en 1935 en Palestine. Il y participe entre 1936 et 1939 aux actions de la Haganah, organisation juive paramilitaire. Parallèlement, il fait partie d'un groupe d'émigrés intellectuels autour de Gershom Scholemcite-ref-dictshoah301-1-1[1]. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la brigade de volontaires juifs qui va combattre, en 1943-1944, dans les rangs des Alliés, sur le front de l’Italie et ensuite en Allemagne, et participe à la libération de la Bavière.

En apprenant que sa mère est morte au camp de Maïdanekcite-ref-dictshoah301-1-2[1], Jonas refuse la proposition de l’éditeur allemand, qui en avait conservé les épreuves, d'imprimer le second tome de son livre sur la gnose. Ce n’est qu’en 1954 qu'il donne finalement son accord pour la publication de ce volume, qui sera dédié à la mémoire de sa mère. Il retourne ensuite en Israël, où il participe à la guerre d'indépendance et enseigne à l'université hébraïque de Jérusalem. Il quitte Israël en 1950 pour le Canada, où il enseigne à l'Université Carleton. De là, il déménage en 1955 à New York, où il enseigne à l'université The New School (à l'époque: The New School for Social Research) pour le reste de sa vie, où son amie Hannah Arendt deviendra également professeur pour le reste de sa vie en 1967.

Il a trois enfants avec sa femme Lore.

Pensée

Dans la philosophie qu'il énonce vers la fin de sa vie, Hans Jonas veut apporter une réponse aux problèmes que pose la civilisation technicisée, à savoir les problèmes environnementaux, les questions du génie génétique, etc. D'après lui, le pouvoir énorme qui est conféré à l'homme par la technoscience constitue un problème auquel doit répondre, en l'homme, une nouvelle forme de responsabilité. Celle-ci n'est pas à comprendre comme une attitude, mais plutôt comme une faculté proprement humaine que tout homme est tenu d'exercer.

On entend classiquement la responsabilité comme l’obligation d’assumer son acte (par exemple en expiant, si l’acte est une faute, ou en réparant les dommages dont il est l’origine). La responsabilité selon Jonas est à comprendre, bien plutôt, comme la sollicitude que doit avoir un individu pour une chose ou une personne vulnérable si elle lui est confiée.

Cette « responsabilité »-là interdirait à l'homme d'entreprendre toute action qui pourrait mettre en danger soit l'existence des générations futures, soit la qualité de l'existence future sur terre. C'est pourquoi, avant d'utiliser une technique, il devrait toujours « s'assurer » que toute éventualité apocalyptique soit exclue. Par cette prescription, Jonas exige une connaissance préalable à l'agir. Parmi les prévisions, il faut toujours accorder la préférence à la prévision pessimiste. C'est là l'humilité de la sagesse technologique.

Postérité et critiques

Hans Jonas est très connu en Allemagne, où Le Principe responsabilité est le livre de philosophie le plus diffusécite-ref-3[3]. Selon sa traductrice, la philosophie de la nature et l'éthique de Jonas ont suscité à la fois « une réception très critique dans certains milieux de la philosophie française contemporaine » tout en donnant lieu à des applications dans divers domaines dont la bioéthique ou l'éthique de l'environnementcite-ref-4[4]. Selon plusieurs chercheurscite-ref-5[5]cite-ref-6[6]cite-ref-7[7], il a inspiré le « principe de précaution » imposé dans le droit positif français via les directives européennes, différentes lois nationales (un article dans la loi sur les nouvelles régulations économiques), l'inclusion de la charte de l'environnement dans la Constitution de la Ve République, etc. Ce principe ne fait pas l'unanimité (voir l'article dédié).

Son opuscule sur la notion de droit de mourir, d'abord assez confidentiel, a connu un surcroît de notoriété dans le cadre des débats sur les enjeux bioéthiques liés à la fin de vie. Les justifications morales qu'il propose à son rejet de l'euthanasie active, par suicide assisté ou aide active à mourir, sont ainsi de plus en plus discutéescite-ref-8[8].

Dans Principe responsabilité ou principe espérance, le philosophe Arno Münster livre une lecture critique de la pensée de Hans Jonas. Il avance que la façon dont l'œuvre de Jonas a été accueillie a occulté le fond de la pensée de son auteur , à savoir le rejet d'un rapport à l'avenir fondé sur la pensée de l'espérance et l'utopie concrète. Pour Münster, cet anti-utopisme s'inscrit dans la lignée de la polémique entre Günther Anders, ancien élève lui aussi de Martin Heidegger et théoricien de l'« obsolescence de l'homme », et le philosophe marxiste Ernst Bloch, auteur de Le Principe espérance. Or, Münster estime que les arguments de Bloch justifient encore d'aborder l'avenir par la catégorie de l'utopie, et que la position de Jonas à ce sujet s'avère faiblecite-ref-9[9].

Publications

La Religion gnostique : Le Message du Dieu étranger et les débuts du christianisme, traduit de l'anglais par Louis Evrard, Paris, Flammarion, 1978
Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique, traduit de l'allemand par Jean Greisch, Paris, Éditions du Cerf, 1990 ; rééd. Paris, Flammarion, coll. « Champs : essais », 2008
Le Concept de Dieu après Auschwitz,1984 ; traduit de l'allemand par Philippe Ivernel, suivi d'un essai de Catherine Chalier, Paris, Payot & Rivages, 1994.
Une éthique pour la nature, Paris, Desclée De Brouwer, coll. « Midrash », 2000
Le Phénomène de la vie, vers une biologie philosophique, 1966, De Boeck ; trad. Danielle Lories, 2001
Puissance ou impuissance de la subjectivité
Entre le néant et l'éternité
Nature et responsabilité
Évolution et liberté, traduit de l'allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Paris, Rivages, coll. « Petite bibliothèque », 2005
Souvenirs : d'après des entretiens avec Rachel Salamander, traduit de l'allemand par Sabine Cornille, Philippe Ivernel, avant-propos de Lore Jonas, postface et notes Christian Wiese, Paris, Rivages, 2005
Le Droit de mourir
L'Art médical et la responsabilité humaine, traduit, présenté et annoté par Éric Pommier, préfacé par Emanuel Hirsch, Paris, Cerf, 2012
Essais philosophiques : du credo ancien à l’homme technologique, Paris, Vrin, 444 p. ; trad. de l’anglais vers le français par Hans Jonas, 1974, Philosophical Essays, From Ancient Creed to Technological Man, University of Chicago Press, coll. « Midway reprint », 349 p., Bazin D. et Depré O. (dir. scientifiques), 2013
• « La liberté par l’image. Homo Pictor et la différence de l’Homme », trad. Emmanuel Alloa, Penser l'image II. Anthropologies du visuel, Les Presses du réel, 2015, 57-76
La gnose et l'esprit de l'Antiquité tardive. Histoire et méthodologie de la recherche, Milan, Éditions Mimésis, coll. « L'esprit des signes » (n°4), trad. fr. et présenté par N. Frogneux, 2017 (ISBN 9788869760594) [lire en ligne].

Articles

• « Technologie et responsabilité. Pour une nouvelle éthique », revue Esprit, septembre 1974

Notes et références

cite-note-dictshoah301-11. tc1c43Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent », 2009, 638 p. (ISBN 978-2-03-583781-3), p. 301-302
cite-note-22. Cf. le film Hannah Arendt (2013), où son rôle est joué par Ulrich Noethen.
cite-note-33. Encyclopédie de la culture politique contemporaine, Hermann (ISBN 978-2-7056-7018-4, lire en ligne), p. 109
cite-note-44. Lories et Depré 2003, p. 7
cite-note-55. larr-re2003catherine-larr-re2003Catherine Larrère, « Le principe de précaution et ses critiques », Innovations,‎ 2003, pp. 9-26 (ISSN 1267-4982, lire en ligne)
cite-note-66. godard2006olivier-godard2006Olivier Godard, « Le principe de précaution », Revue Projet,‎ 2006, pp. 39-47 (ISSN 0033-0884, lire en ligne)
cite-note-77. 2014« Le principe de précaution est-il irresponsable ? », sur huffingtonpost.fr, 8 octobre 2014 (consulté le 20 décembre 2017)
cite-note-88. vat-2023lyvann-vat-2023Lyvann Vaté, « Casuistique du « principe responsabilité » : l’éthique jonassienne et la fin de vie », Le Philosophoire, vol. n° 60, no 2,‎ 8 décembre 2023, p. 223–240 (ISSN 1283-7091, DOI 10.3917/phoir.060.0223, lire en ligne, consulté le 10 juillet 2024)
cite-note-99. m-nster2010arno-m-nster2010Arno Münster, Principe responsabilité ou principe espérance ?, Le Bord de l'eau, 2010, 257 p. (ISBN 978-2-35687-095-7)

Voir aussi

Bibliographie

• Nathalie Frogneux, Hans Jonas ou la vie dans le monde, préface de J. Greisch, Bruxelles, De Boeck, coll. « Le Point philosophique », 2001 (ISBN 2804134830) [lire en ligne].
• (de) Klaus Harms, Hannah Arendt und Hans Jonas. Grundlagen einer philosophischen Theologie der Weltverantwortung, Berlin, WiKu-Verlag, 2003.
• loriesdepr-2003danielle-loriesolivier-depr-2003Danielle Lories et Olivier Depré, Vie et liberté : phénoménologie, nature et éthique chez Hans Jonas, Vrin, coll. « Problèmes et controverses », 2003 (ISBN 978-2-7116-1603-9, lire en ligne).
• mathias2008jean-christophe-mathias2008Jean-Christophe Mathias, « Hans Jonas et la nouvelle mission de la philosophie », dans Nicolas Léchopier et Gilles Marmasse (dir.), La Nature entre science et philosophie,, Vuibert-SFHST, juillet 2008, chap. 56.
• (fr) Jean-Christophe Mathias, Politique de Cassandre, Sang de la Terre, coll. « La pensée écologique », 2009.
• (fr) Damien Bazin, Sauvegarder la nature : une introduction au principe de responsabilité de Hans Jonas, Paris, Ellipses, coll. « Philo », 128 p. (avec un avant-propos d’Alain Lipietz, Philip Pettit et Richard Howarth), 2006.
• Éric Pommier, Ontologie de la vie et éthique de la responsabilité selon Hans Jonas, Paris, Vrin, 2013.
• Avishag Zafrani, Le Défi du nihilisme : Ernst Bloch et Hans Jonas, Paris, Hermann, 2014.
• Nathalie Frogneux & Roberto Franzini Tibaldeo, « Image et corps vivant: penser à partir de Hans Jonas », dans Revue philosophique de Louvain, vol. 117, no.2, 2019, pp. 193-202 [lire en ligne].

Articles connexes
Liens externes

• Ressource relative à plusieurs domaines : Radio France
• Ressource relative à la musique : Discogs
• Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Brockhaus Deutsche Biographie Enciclopedia italiana Enciclopedia De Agostini Hrvatska Enciklopedija Internetowa encyklopedia PWN Nationalencyklopedin Munzinger Treccani Universalis Visuotinė lietuvių enciklopedija
Notices d'autorité : VIAF ISNI BnF (données) IdRef LCCN GND Italie Japon CiNii Espagne Belgique Pays-Bas Pologne Israël NUKAT Catalogne Suède Vatican

• (de) Centre Jonas
• Mémoire philosophique consacré à Hans Jonas et son éthique de la responsabilité
• Papyrus Mémoire court de maîtrise en philosophie de Steve Fyfle à l'Université de Montréal (2009) consacré à Hans Jonas et son éthique de la responsabilité
• (en) Hans Jonas dans l'Encyclopædia Iranica
Éthique et culture de la limite, par Olivier Clain

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